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Kevin Staut, cavalier d’excellence

Le Champion Olympique français, également Champion d’Europe individuel et n°1 Mondial, ne pense (presque) qu’à une chose le matin en se rasant : la Coupe du Monde Longines FEI de saut d’obstacles. Une épreuve où il brille régulièrement sur le circuit qualificatif – notamment à Bordeaux qu’il a gagné à deux reprises mais dont la finale lui a toujours échappé malgré un brillant podium en 2013. Le cavalier français nous raconte cette histoire d’amour avec le championnat du Monde en salle.

Pourquoi cette passion pour cette Coupe du Monde Longines FEI de saut d’obstacles ?

KS : Il y a deux circuits qui me tiennent vraiment à cœur, celui des Coupes des Nations en extérieur et celui-ci. Il s’agit des deux séries historiques de la FEI qui ont été installées de façon mûrement réfléchie sur des concours historiques, créés il y a longtemps et existant à travers un public à la fois très présent et constant. C’est vrai que notre sport vit un élan formidable avec de nouveaux sponsors et beaucoup d’argent. Mais ces concours deviennent des événements audiovisuels et moins des lieux rassembleurs de publics sportifs. Il suffit d’entendre et voir le public des étapes Coupe du Monde françaises, et notamment celui de Bordeaux pour se rendre compte que nous nous trouvons au cœur d’un grand événement sportif et je suis fou de cela. C’est une sensation que l’on retrouve également lors de la saison en extérieur sur les CSIO historiques comme La Baule, Aix-la-Chapelle, Calgary ou Dublin : pour moi, c’est cela le vrai sport ; ce sont des ambiances qui nous permettent de nous surpasser. On se sent effectivement « portés » par quelque chose qui est devenue de plus en plus rare dans notre sport. C’est vrai que c’est formidable que, de week-end en week-end, nous puissions évoluer sur des concours richement dotés mais il y manque l’ambiance de ces grands rendez-vous, comme celui de Bordeaux, que j’adore.

Bordeaux qui reste une des trois étapes du circuit fondateur de 1978-1979, est un concours avec lequel vous avez une histoire particulière : pourquoi semblez-vous avoir des ailes ici, seul endroit du circuit international où vous avez d’ailleurs signé deux victoires sur un même concours en Grand Prix Coupe du Monde ?

KS : Je ne sais pas exactement. Est-ce que la première victoire de Silvana a été un élément déclencheur ? Il y a peut-être une explication plus factuelle : c’est la reprise de la saison, même si celle-ci ne connaît plus vraiment de pause. Nous sommes en février et nous arrivons à Bordeaux avec deux configurations possibles chacune toute aussi motivante. La première, ce fut avec Silvana avec laquelle j’avais déjà acquis tous les points nécessaires pour aller en finale ;  la seconde, un peu plus cruciale, c’était avec Rêveur à un moment où j’avais encore besoin de points. En arrivant largement qualifié, en tant que cavalier français, on profite de cette situation confortable, sans pression, pour gagner une étape devant son public. Dans l’autre cas, on monte avec cette pression supplémentaire, mais positive, de devoir glaner ces derniers points. Dans les deux cas on veut donner le meilleur de soi-même. Et de plus, cette date, de début février, a un côté renouveau, envie nouvelle.

Avec en plus ce public, qui vous porte ?

K.S : Tout à fait et je dois dire que l’équilibre est parfait à Bordeaux entre la proximité que l’on peut avoir avec ce public, où l’on peut échanger avec les gens, et le côté confidentiel, confortable où l’on peut s’isoler et rester concentré. Certains concours français peuvent vite être étouffants à cet égard et il y en a certains où l’on aurait plus envie d’y aller sans chevaux pour ne faire que des relations publiques. Mais Bordeaux a ce parfait équilibre entre la possibilité de faire son sport sereinement et celle de partager  avec les gens sans que cela devienne un événement perturbateur.

Quel est le meilleur souvenir de votre histoire personnelle avec cette Coupe du monde Longines FEI de saut d’obstacles ?

KS : Je connais en général une belle réussite sur le circuit qualificatif dans lequel je mets beaucoup d’énergie, mais je n’ai pas encore pu accrocher de « bon souvenir » avec un résultat significatif en finale même si j’ai été une fois sur la troisième marche du podium à Göteborg en 2013. J’avais été 7ème lors de ma première finale, puis 6ème, puis 5ème, puis 3ème mais la progression s’est arrêtée là. Cela ne m’empêche pas que chaque fois que je me qualifie pour la finale, j’y retourne avec la même envie. Je ne désespère pas, je sais qu’un jour, ça passera et que je décrocherai ce « meilleur souvenir ».
 
Mon histoire avec la Coupe du Monde est avant tout une histoire de fidélité. Quand redémarre une nouvelle saison de Coupe du monde, j’entends des gens râler de devoir repartir à Oslo, Helsinki… mais moi, j’ai cette envie de repartir au combat, même si ce sont les mêmes concours, les mêmes sites. J’y trouve du confort, une certaine excitation. Je suis absolument captivé par ce circuit qui connaît cependant un certain renouveau, une nouvelle fraîcheur avec par exemple l’étape de Bâle qui remplacera Zurich l’an prochain. Mais chaque concours de ce circuit a son charme, son public, son histoire, son authenticité et sa spécificité. Une diversité qui fait l’harmonie si particulière de ce circuit.

Quel était votre regard sur cette épreuve avant que vous en deveniez un acteur ?

KS : Je la suivais avec passion grâce aux retransmissions des étapes nationales diffusées sur les télés françaises, mais également d’un concours que j’aime particulièrement, celui de Londres, à l’Olympia, sur Eurosport. Tous ces concours avaient, et ont encore, leur marque de fabrique très personnelle avec, par exemple à Londres, l’épreuve de puissance et cette ambiance de Noël. Chaque étape, qui présentait cette épreuve commune de la Coupe du Monde, arrivait à personnaliser le reste de son programme avec une empreinte particulière et quand j’étais gamin, je regardais cela avec bonheur. Et notamment Bordeaux que je suivais depuis des restaurants sur le Sunshine Tour en Andalousie ; la victoire ex-aequo entre Ludo Philippaerts avec Parco et Willi Melliger avec Calvaro V en 2001 m’avait particulièrement marqué.

 

Quel a été le plus beau vainqueur de l’histoire de cette Coupe du monde ?

KS (sans hésiter) : Steve Guerdat en 2016 à Göteborg avec Corbinian. C’était un cheval dont il se demandait encore quelques semaines plus tôt s’il allait être prêt et là, on a vu le guerrier qui est en Steve, le compétiteur. On l’a vu se transcender. Il a mené l’épreuve du début à la fin. Il avait une revanche à prendre sur une victoire qu’il considérait mal acquise, frustrante, l’année précédente à Las Vegas avec Albfuehren's Paille qui avait fait deux barres sur l’épreuve finale. Il considérait ne pas avoir gagné avec la manière et a tenu à se « racheter » comme un grand champion à Göteborg. Se racheter d’une victoire ! 

La France n’a livré qu’un seul vainqueur qui reste le plus gros outsider de l’histoire de cette Coupe du monde, Bruno Broucqsault en 2004, sinon… rien. Pas un de nos grands champions, vous compris, bardés d’autres titres, n’y est arrivé : comment expliquez-vous cette disette ?

KS : Il y a peut-être une réponse technique : nous ne sommes pas un pays où le circuit indoor est très développé à part les 5*. Il y en a, mais beaucoup moins qu’en Allemagne, en Hollande ou en Belgique où les chevaux, dès leur jeune âge, gagnent de l’expérience sur des 1* ou 2*. Nous, nous n’avons aucun cycle d’hiver : nous attendons que la saison reprenne en extérieur, sur de grandes pistes en herbe. Nous n’avons pas vraiment de culture de l’indoor en France.

Cependant la prochaine finale se tiendra en France, à l’AccorHotels Arena de Paris-Bercy (10 au 15 avril 2018) : est-ce une motivation supplémentaire pour vous ?

KS : Evidemment. Nous sommes un maximum de Français cherchant à se qualifier, c’est très important d’avoir cette finale à Paris.

Vous êtes d’ores et déjà qualifié depuis Stuttgart : avez-vous déjà réfléchi à votre stratégie et au cheval que vous monterez en finale ? Rêveur de Hurtebise ?

KS : Ce n’est pas encore décidé, je vais peut-être opter pour une formule à deux chevaux avec l’idée de l’économiser un peu dans une année de Jeux équestres mondiaux avec un premier cheval à qui je pourrai tout demander sur le parcours de chasse.