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Jumping International de Bordeaux

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Jumping International de Bordeaux

Voici l’histoire de l’un des trois plus anciens concours “Coupe du Monde”.
Ils ne sont plus si nombreux que cela, les concours de la première heure ... ceux de la saison 1978-1979 où était lancée, dans un environnement encore assez  amateur, la Coupe du monde de saut d’obstacles. Le Jumping de Bordeaux fait partie de ces membres fondateurs. Un quart de siècle plus tard, Bordeaux est toujours là, plus solide que jamais et étape française de ce prestigieux circuit.

L’histoire de la Coupe du monde, c’est celle d’un journaliste suisse, Max Ammann, qui un jour, pendant les Jeux de Montréal en 1976 et inspiré par la Coupe du monde de ski, est allé voir le président de la FEI, le Prince Philip d’Edimbourg, et lui a dit : « J’ai une idée … » « Eh bien, mettez-la en œuvre, » lui a répondu le Prince. Et Ammann prit son bâton de pèlerin, consulta les cavaliers influents du moment : Paul Schockemöhle, Nelson Pessoa, François Mathy, Harvey Smith et Hartwig Steenken faisaient partie de ceux-là. Le journaliste suisse continua à plancher pendant trois années encore sur le sujet, cherchant à rallier à son panache les notables du saut d’obstacles de tous les continents – le projet était mondial ! – notamment ceux des Etats-Unis. Au mois de mai 1978, le concept était à peu près défini et la décision était prise : la Coupe du monde allait naître l’hiver suivant.

Restait à trouver le nerf de la guerre ! Sur le circuit hivernal était un concours très populaire qui se déroulait dans le magnifique Scandinavium de Göteborg. L’affaire était présidée par Pehr Gyllenhammar, qui était au passage le Président de Volvo. La firme automobile avait une forte présence, on s’en doute, sur ce concours et cela incita le petit groupe de travail à aller frapper à cette porte là. C’est Paul Schockemöhle qui s’en chargea. La réaction du responsable de Volvo fut immédiate et positive. La Coupe du monde pouvait être lancée. Elle devait se conclure naturellement à Göteborg où Hugo Simon allait recevoir, des mains du Prince Philip, le premier trophée en avril 79.

Des dix étapes de cette première campagne, seules quatre subsistent toujours aujourd’hui. Avec Amsterdam, Berlin, Dortmund, s-Hertogenbosch, Anvers, Vienne, Genève, Birmingham et Göteborg, Bordeaux faisait partie de ce circuit inaugural. Aujourd’hui seuls Göteborg, Genève (avec 8 ans d’interruption), s-Hertogenbosch (une seule année d’interruption due à l’épizootie de fièvre aphteuse en 2001) et Bordeaux (une seule saison d’interruption en 94/95) restent les plus solides piliers de la ligue de l’Europe de l’Ouest. Cette dernière est d’ailleurs réputée pour être la plus difficile avec celle de la côte Est des Etats-Unis, dont les cavaliers ayant dominé les finales des années 80 avant que l’Europe, par le talent de John Whitaker et la magie de Milton, ne reprenne la main en 1990 à Dortmund.

Le Jumping de Bordeaux est né en 1973 avec un drôle et inoubliable père spirituel, Emeric Coupérie, qui remerciait ses sponsors en déclamant des vers : « Ce n’étaient pas des petits partenariats, se souvient Philippe Coupérie, son fils. Il s’agissait de sociétés comme Mercedes, Sharp ou Tissot qui mettaient énormément d’argent dans le concours. Et les sponsors revenaient l’année suivante… pour écouter les nouveaux vers que leur avait concoctés mon père ! ». D’abord national en extérieur, sur l’actuel parking de la Foire de Bordeaux, le Jumping est rentré sous abris en 1974 pour son premier CSI : « Mon père avait déjà compris qu’il fallait avoir d’autres idées, parallèles au sport, pour remplir la salle. Pour cette première, il a fait venir Thierry Le Luron et la salle était pleine à craquer tous les jours. Après, nous avons fait venir des stars de cinéma, comme Philippe Noiret et bien d’autres encore, que nous faisions inviter par les grands crus qui prenaient ainsi une loge sur le concours».

Trois ans après ce lancement, Emeric Coupérie rentre un jour chez lui, débordant d’enthousiasme : « J’ai rencontré un type formidable, il s’appelle Max Ammann, nous allons organiser la Coupe du Monde à Bordeaux ! Je vais aller voir Chaban ! ». (Jacques Chaban Delmas, alors Maire de Bordeaux). La Coupe du Monde ? Son entourage était quelque peu perplexe à une époque où le concours hippique était une affaire d’amateurisme et de bénévolat. « Pourtant, se souvient Virginie Coupérie Clerc, fille d’Emeric, il est allé au bout de son idée en impliquant déjà la Foire de Bordeaux qui était une organisation professionnelle, ce qui détonnait avec l’environnement des concours hippiques d’alors ! ».

Ce label Coupe du monde va attirer en Aquitaine tous les plus grands champions de l’époque : les champions du monde David Broome et Gert Wiltfang, le capitaine irlandais Gerry Mullins, et déjà John Whitaker et Thomas Frühmann, inscrivent leurs noms au palmarès de ces années 80.

Bordeaux connut de grandes heures sportives en 1985 et 1986 avec les victoires de John Whitaker et Milton et de Pierre Durand et Jappeloup : « Les sorties de Pierre Durand et de Jappeloup ont énormément contribué au succès du Jumping à la fin des années 80. Le public bordelais se déplaçait pour voir son poulain », souligne Philippe. Une époque que son père n’aura pas vécue.

A la mort d’Emeric Coupérie, en 1985, c’est le Marquis du Vivier qui reprend les rênes. Le concours organisé avec une nouvelle équipe et rebaptisé « Jumbo », déménage en 1991 à la demande de Jacques Chaban-Delmas, dans le nouveau vélodrome. Un environnement atypique pour le saut d’obstacles où les cavaliers détendaient en sous-sol pour apparaître par une rampe au beau milieu d’une piste trop éloignée du public. Et ce public bouda le concours qui a dû alors fermer ses portes pour la saison 94/95.

Pas pour longtemps : dès 1996, le Jumping renaissait de ses cendres, repris en main par l’équipe actuelle du Comité des Expositions de Bordeaux, qui deviendra ensuite Congrès et Expositions de Bordeaux, dirigé par François-Bernard Martin : « Au départ, il s’agissait d’un défi qui nous avait été lancé par la Mairie de Bordeaux alors que cela ne faisait pas vraiment partie de nos activités, précise son directeur général. Nous nous sommes pris au jeu : c’était une bonne occasion d’exercer notre professionnalisme sur une organisation qui sortait un peu des sentiers battus. Chaque année, nous déroulons entre 250 et 280 manifestations sur nos sites et le Jumping fait partie de celles que l’on aime travailler, parce que cela nous permet de collaborer avec des entreprises, de faire du relationnel et des opérations d’image comme d’ailleurs nos principaux sponsors ».

Bordeaux repart donc de plus belle, dans un nouveau hall, le n°2, plus adapté à l’événement. Sans se faire prier, les cavaliers reviennent au galop, à commencer par Nick Skelton, premier vainqueur du Grand Prix Coupe du Monde nouvelle génération, avec la célèbre Dollar Girl. Max Ammann est toujours là pour veiller au bon respect du cahier des charges. Enfin, il est plus souvent présent à Bordeaux (où la table est bonne et les galeries d’art fort intéressantes) que dans certains concours du nord de l’Europe. Surtout en fin de « carrière », au début des années 2000, où tranquillement, cinq ans après le retrait de Volvo (un petit drame que l’épreuve a finalement surmonté), il commence à passer la main.

Désormais, le Suisse, qui avait également apporté à Bordeaux la spectaculaire Coupe du monde d’attelage en 2003 et 2004, a pris du recul. Il soigne sa collection d’œuvres d’art brut, à Ittingen, près de Berne. Mais on s’attend toujours à croiser sa silhouette dans les coursives du Jumping et ses analyses après les épreuves se font manquer !

Sous l’impulsion de Congrès et Expositions de Bordeaux, le Jumping de Bordeaux retrouve vite ses fastes d’antan avec de grands moments de sport et des gradins toujours pleins : depuis 1996, pas un seul barrage de l’épreuve Coupe du Monde ne s’est couru sans qu’il ne se passe quelque chose d’exceptionnel. Il y a eu les deux victoires émouvantes de Franke Sloothaak et Joli Cœur qui aimait tant la piste de Bordeaux (il y remporta également trois Grands Prix). Il y a eu cette victoire « par erreur » de John Whitaker et de son vieux Welham en 2000 : le cavalier britannique s’était un peu perdu sur son barrage et a tourné devant un obstacle, malgré lui, se retrouvant nez à nez avec un énorme vertical que Welham avala avec courage. Les précieuses secondes gagnées grâce à l’erreur de parcours se soldèrent en une victoire d’anthologie.

Il y eut cette égalité parfaite, l’année suivante, entre les deux gris, Parco (Ludo Philppaerts) et le grand Calvaro 05 (Willi Melliger) ou encore cette démonstration époustouflante de Rodrigo Pessoa et Baloubet en 2004, prenant un virage impossible devant un énorme oxer qui ne fut qu’une formalité pour le puissant et fougueux étalon français. Des émotions, des clameurs, des larmes parfois, des rires aussi comme ceux d’Hubert Bourdy, battu en 2004, mais heureux d’avoir joué le jeu et encore plus heureux l’année suivante, quand enfin il faisait, avec Eve des Etisses, un pied de nez aux meilleurs mondiaux, renouant avec une victoire dont il avait déjà connu le goût en 1989 avec Morgat.

En 2006, le Jumping entrait dans une ère nouvelle en même temps que dans un nouveau hall, le n°3, toujours sur le même site, mais plus grand, plus lumineux, plus moderne. Pour cette inauguration, l’histoire est restée tout aussi palpitante. L’épreuve Coupe du monde fut celle des surprises avec l’émouvante victoire d’un cheval français de 18 ans, Albin III, monté par un… Italien (d’origine colombienne), Juan-Carlos Garcia. Le lendemain, dans le Grand Prix, les favoris reprenaient le pouvoir avec une victoire du n°1 mondial, Marcus Ehning, qui s’offrait cette épreuve pour la deuxième année consécutive avec la grise Gitania. L’avenir de cette épreuve est désormais souriant : en 2007, Rolex prend la place du pionnier Volvo.