Finale de la Coupe du monde FEI de voltige,
C’est une première pour Bordeaux qui accueillera la finale de la Coupe du monde de voltige les samedi 4 et dimanche 5. Cette discipline artistique et équestre voit de jeunes athlètes talentueux se confronter lors des deux programmes libres individuels.
Les six meilleurs hommes et six meilleures femmes qualifiés lors des cinq étapes de la saison Coupe du monde se donnent rendez-vous à Bordeaux pour la grande finale.
Si l’attelage et Bordeaux, c’est déjà une vieille histoire (en fait, depuis la création de l’épreuve en 2001), la voltige - dont la Coupe du monde est née l’an dernier - fera sa première apparition en Aquitaine. Comme le saut d’obstacles et l’attelage, elle a sa propre Coupe du monde dont le coup d’envoi a été donné à Kiel en octobre et passera par Munich (GER), Salzburg (AUT), Paris et Leipzig (GER). Une discipline à la fois équestre et artistique, pleine de fraîcheur avec de jeunes athlètes.
Nicolas Andreani :
« Un sport pluridisciplinaire avec de la danse, de l’acrobatie et de l’équitation. »
La voltige est encore trop méconnue. Elle est pourtant très populaire en Allemagne, souvent l’un des passages obligés dans certains clubs avant de pratiquer l’équitation. Une bonne porte d’entrée, mais aussi un sport qui se pratique très jeune en compétition. La France compte un champion actuellement : Nicolas Andreani était médaille de bronze aux derniers championnats du monde de Lexington en 2010 et a fini 2ème de la Coupe du monde en avril dernier. Il nous dévoile les secrets de cette discipline qui gagne à être connue.
Lors des deux derniers rendez-vous internationaux, vous étiez à chaque fois sur le podium, mais pas sur la plus haute marche : une finale de Coupe du monde à domicile peut-elle changer les choses ?
Oui je l’espère, d’autant que j’ai eu l’occasion de conserver mon titre de Champion d’Europe l’été dernier et je me suis fait doubler à cause d’une grosse erreur de ma part. Cette finale de Coupe du monde va être une sorte de revanche et une toute dernière confrontation avec le champion du monde et d’Europe en titre, le Suisse Patrick Looser (il devrait arrêter sa carrière prochainement) qui a raflé les deux derniers titres auxquels je prétendais. Cela me tient vraiment à cœur de gagner chez nous.
Votre père est gymnaste, votre mère musicienne : il vous était impossible d’imaginer l’équitation par une autre voie que la voltige ?
Ça s’est imposé à moi dès l’âge de 6 ans. J’avais des qualités gymniques ainsi qu’un goût prononcé pour la musique, je suis donc rentré dans l’équitation par la voltige. J’ai trouvé cela bien plus attrayant de faire de la gymnastique sur un être vivant que sur un agrès fixe et j’ai tout de suite adoré. Mais à la base, ce n’est pas l’amour du cheval qui m’a poussé vers cette discipline. Pour moi, c’était un outil plus drôle que les barres parallèles, parce qu’il bougeait et au fur et à mesure la passion pour le cheval m’est venue.
Pouvez-vous expliquer, à des gens qui ne connaissent pas cette discipline, en quoi elle consiste ?
La voltige est un sport pluridisciplinaire avec de la danse, de l’acrobatie et de l’équitation. Il faut être fort dans ces trois domaines si vous souhaitez être un bon voltigeur. Pour y arriver, on a une préparation physique en gymnastique, en danse et en voltige. C’est aussi un sport multi générationnel, avec des équipes qui se composent d’enfants et d’adultes, comme c’était le cas aux JEM à Lexington où je participais avec Christopher Robin Krause, le plus jeune athlète des Jeux Mondiaux. Entre lui, âgé de 9 ans et moi qui en avait 27, il y avait un vrai écart d’âge. C’était très enrichissant d’apprendre à vivre en groupe avec nos différences.
Un test dure une minute : n’est-ce pas un peu court pour exprimer tout ce que vous avez à montrer ou est-ce suffisant sur le plan physique ?
J’aimerais que l’on gagne trente secondes sur les programmes libres. Malheureusement, pour obtenir une note de dix en difficulté, il faut réaliser, en seulement une minute, beaucoup de figures gymniques pour avoir le plus de difficultés possibles dans sa reprise, tout cela au détriment de la chorégraphie, la gestuelle et la fluidité. Trente secondes supplémentaires nous permettraient d’ajouter davantage de poésie pour apporter plus d’émotions aux spectateurs. Sur le plan physique, c’est possible autant pour le cheval que pour le voltigeur et ça me semble indispensable dans l’avenir proche de la voltige.
La voltige est en évolution et je compte beaucoup sur les JEM de 2014 pour promouvoir la discipline, notamment grâce aux medias. Cela nous permettrait de gagner plus d’adhérents en France et donc plus de champions potentiels. Nous sommes une génération dans laquelle il y a plus d’hommes même si nos coachs tentent de former des filles de 12 à 16 ans. On manque cruellement de puissance par rapport à nos voisins allemands, qui ont plus de 200 000 licenciés contre environ 2 000 en France.
Combien d’heures d’entraînement cela représente pour un voltigeur : à pied et à cheval ? En quoi consiste l’entraînement à pied ?
Nous nous entraînons une quinzaine d’heures par semaine, environ cinq heures à cheval pour dix heures à pied. Pendant la préparation physique, on va travailler le cardio pour garder la ligne et gagner en endurance. Nous faisons également des séances de musculation, de gymnastique et des acrobaties sur un trampoline pour travailler les sorties.
Quelles sont les caractéristiques d’un cheval de voltige ? Pourquoi ces chevaux sont-ils si grands ?
On choisit des grands chevaux parce qu’ils ont une plus longue foulée, ce qui est plus confortable pour le voltigeur et on s’éloigne des trotteurs car la voltige se pratique au galop. Le cheval de voltige doit être sain dans sa tête, avoir un excellent équilibre et bien sur une clinique parfaite. On les achète assez jeunes, vers 5 ans, pour les former et les sortir en international vers 7 ans, puis on essaie de les garder le plus longtemps possible. J’espère garder le mien jusqu’aux prochains Jeux Mondiaux, il aura 18 ans et moi 30 ans.
En Allemagne, la voltige est la première discipline par laquelle passent presque tous les cavaliers : est-ce que cela devrait être le cas en France ? Qu’est-ce que la voltige peut apporter à la construction d’un cavalier ?
En tout cas, il faudrait que les moniteurs d’équitation soient davantage formés dans la voltige. C’est une discipline très intéressante pour tout cavalier car elle lui permet d’avoir plus d’équilibre, plus d’assurance et d’aisance pour se sortir des situations difficiles, grâce à toutes les positions possibles et inimaginables dans lesquelles on se retrouve. Grâce à la voltige, le cavalier peut également se rendre compte de l’importance de la préparation physique : autant les cavaliers considèrent leurs chevaux comme des sportifs de haut niveau, autant les cavaliers ne prennent pas toujours soin de leur corps. C’est dommage parce qu’ils pourraient être encore plus efficaces s’ils faisaient une préparation physique adaptée. On note tout de même un changement à ce niveau, puisque la Fédération vient de recruter un préparateur physique pour les cavaliers de complet.